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Roger Lumbala condamné à Paris : Mais pourquoi la France peut-elle juger des crimes congolais ?

18 décembre 2025 par
Roger Lumbala condamné à Paris : Mais pourquoi la France peut-elle juger des crimes congolais ?
Vulgarisation RDC

Le 15 décembre 2025, un homme politique congolais a été condamné à 30 ans de prison par un tribunal français pour des crimes commis il y a plus de 20 ans dans l'Est de la RDC. 


Comment est-ce possible ? 

Pourquoi la France peut-elle juger des crimes congolais ? Et surtout, qu'est-ce que ça change pour les milliers de victimes qui attendent justice depuis 2002 ?

Ce verdict historique soulève beaucoup de questions. Dans cet article, nous allons décrypter ensemble le jugement de Roger Lumbala, t'expliquer ce qu'est la compétence universelle (ce n'est pas compliqué, promis !), comprendre pourquoi ce procès ne s'est pas tenu en RDC ou devant la Cour pénale internationale, et voir concrètement ce que cela signifie pour l'avenir de la lutte contre l'impunité au Congo.


Qui est Roger Lumbala et de quoi a-t-il été condamné ?

Roger Lumbala Tshitenga, aujourd'hui âgé de 67 ans, n'est pas un inconnu dans le paysage politique congolais. Chef du Rassemblement Congolais pour la Démocratie-National (RCD-N) entre 2000 et 2003, il est devenu ministre du Commerce extérieur dans le gouvernement de transition (2003-2005), puis sénateur jusqu'en 2013.

Le 15 décembre 2025, la Cour d'Assises de Paris l'a condamné à 30 ans de prison pour complicité de crimes contre l'humanité commis en République démocratique du Congo entre octobre 2002 et janvier 2003.

Les faits reprochés :

  • Exécutions sommaires (173+ personnes en 17 jours selon l'ONU)
  • Viols systématiques (69+ cas documentés, dont 27 enfants)
  • Actes de torture
  • Traitements inhumains
  • Travail forcé
  • Actes de cannibalisme (notamment contre les Pygmées Bambuti)
  • Pillages systématiques

Ces crimes ont été commis lors d'une opération militaire appelée "Effacer le tableau" dans la province de l'Ituri et au Nord-Kivu


BON À SAVOIR : Roger Lumbala vivait en France comme réfugié depuis les années 1990. Il a été arrêté à Paris en 2021, puis mis en examen en 2022. Le procès s'est tenu du 12 novembre au 19 décembre 2025.


L'opération "Effacer le tableau" : que s'est-il passé à Mambasa ?

Pour comprendre ce jugement, il faut remonter à la Deuxième Guerre du Congo (1998-2003), l'un des conflits les plus meurtriers de l'histoire récente de l'Afrique.


Le contexte : l'Ituri, "le coin le plus sanglant du Congo"

En 2002, Mambasa est une ville prospère de l'Ituri d'environ 20 000 à 25 000 habitants. L'organisation Human Rights Watch la décrit alors comme se trouvant dans "le coin le plus sanglant du Congo". La région regorge de richesses : or, bois, terres fertiles. Plusieurs groupes armés se battent pour le contrôle du territoire.


Octobre 2002 : début de l'opération

Le RCD-N de Roger Lumbala contrôle une partie de l'Ituri depuis Isiro (dans l'actuel Haut-Uélé). Son rival, Antipas Mbusa Nyamwisi du RCD-KML (Rassemblement Congolais pour la Démocratie - Kisangani-Mouvement de Libération), tient Mambasa et la région de Beni-Butembo.

En octobre 2002, Lumbala lance une offensive pour conquérir ces territoires. Il baptise cette campagne militaire "Effacer le tableau" – un nom qui deviendra synonyme d'horreur.


Les "Effaceurs" : une unité spéciale tristement célèbre

Le RCD-N dispose d'une unité de forces spéciales appelée les "Effaceurs", commandée par le général Constant Ndima Kongba. Cette unité est "bien connue pour la férocité de ses hommes", selon les enquêtes de l'ONU.

Face à la résistance du RCD-KML, Lumbala demande l'aide de Jean-Pierre Bemba, chef du Mouvement de Libération du Congo (MLC). Bemba envoie un bataillon entier sous le commandement du général Ndima, qui s'installe à Isiro, le quartier général de Lumbala.


Les crimes documentés

Entre octobre 2002 et janvier 2003, les forces combinées RCD-N/MLC progressent vers Mambasa, Epulu, Bafwasende et Mandima en semant la terreur.

Ce que les enquêtes de l'ONU ont révélé :

  • 173 exécutions sommaires en seulement 17 jours (octobre 2002)
  • 69 viols dont 27 sur des enfants
  • Tortures systématiques
  • Travaux forcés imposés aux populations
  • Actes de cannibalisme, notamment contre les Pygmées Bambuti (croyance en vertus magiques de leurs organes)
  • Pillages de tous les biens des villages
  • 80 000 à 100 000 personnes déplacées

ATTENTION : Les Pygmées Bambuti ont été particulièrement ciblés. Selon les témoignages recueillis par l'ONU et les ONG, des croyances prêtant des vertus magiques à leurs organes ou leur sang ont conduit à des actes de cannibalisme forcé. C'est l'un des aspects les plus atroces de cette opération.


Le bilan humain

Selon les estimations, l'opération "Effacer le tableau" et les violences connexes dans l'Ituri entre 2002 et 2003 ont fait entre 60 000 et 70 000 morts. C'est l'équivalent de la population actuelle de Goma ou Bukavu qui aurait été décimée.


EXEMPLE CONCRET : Imagine un quartier entier de Kinshasa – disons Lemba avec ses 400 000 habitants. Maintenant imagine qu'un sixième de cette population disparaisse en quelques mois à cause de violences systématiques. C'est l'ampleur de ce qui s'est passé dans l'Ituri en 2002-2003, rapporté à la population locale.


La compétence universelle : pourquoi la France peut juger un Congolais

C'est LA grande question que tout le monde se pose : comment un tribunal français peut-il condamner un Congolais pour des crimes commis au Congo ?

La réponse tient en deux mots : compétence universelle.


Qu'est-ce que la compétence universelle ?

Définition simple : La compétence universelle est un principe du droit international qui permet à n'importe quel pays de juger les crimes les plus graves (génocide, crimes contre l'humanité, crimes de guerre) peu importe où ils ont été commis et peu importe la nationalité de l'accusé ou des victimes.


DÉFINITION : Compétence universelle : Capacité d'un État de poursuivre et juger des personnes pour certains crimes internationaux, même si ces crimes n'ont pas été commis sur son territoire, que l'accusé ne soit pas son ressortissant, et que les victimes ne soient pas ses citoyens.

Pourquoi ce principe existe-t-il ?

L'idée de base est simple : certains crimes sont tellement graves qu'ils ne concernent pas seulement un pays, mais toute l'humanité. C'est pour ça qu'on les appelle "crimes contre l'humanité" et pas "crimes contre les Congolais" ou "crimes contre les Français".

Pense à ça comme une règle de football : si tu commets une faute très grave (expulsion directe), peu importe dans quel pays tu joues le match, les règles sont les mêmes partout. Pour les crimes contre l'humanité, c'est pareil : ils sont interdits partout, et n'importe quel pays peut te juger si tu ne peux pas être jugé ailleurs.


Les conditions en France

La France ne peut pas juger n'importe qui, n'importe quand. Il y a des conditions strictes prévues par l'article 689-1 du Code de procédure pénale :

  1. L'accusé doit avoir sa résidence habituelle en France : Roger Lumbala vivait en France comme réfugié depuis les années 1990. 
  2. Aucune poursuite ne doit être en cours ailleurs : Ni la Cour pénale internationale (CPI), ni la justice congolaise n'ont poursuivi Lumbala pour ces faits en 23 ans. 
  3. Le Parquet a le monopole des poursuites : Seul le procureur peut décider de poursuivre (pas les victimes directement).


Ce n'est PAS de l'ingérence

Beaucoup de gens pensent que c'est la France qui "s'immisce" dans les affaires congolaises. C'est faux.

La compétence universelle est un principe du droit international ratifié par la RDC et 123 autres pays à travers le Statut de Rome de la Cour pénale internationale. La France n'a pas inventé ce principe, elle l'applique simplement.

D'ailleurs, la Cour de Cassation française (la plus haute juridiction) l'a rappelé le 12 mai 2023 : "Le mécanisme de la compétence universelle constitue une alternative (...) dans le cas où l'État étranger est défaillant dans son obligation de poursuivre les crimes internationaux."

En clair : si la RDC avait poursuivi et jugé Roger Lumbala, la France n'aurait pas pu le faire. Mais après 23 ans d'impunité totale, la justice française a pris le relais.


À RETENIR : La compétence universelle, ce n'est pas la France qui décide toute seule. C'est un principe reconnu internationalement qui dit : "Si personne ne juge les crimes les plus graves, alors n'importe quel pays qui peut le faire DOIT le faire, pour que les criminels ne restent pas impunis."

 

Pourquoi pas la CPI ou la justice congolaise ?

Maintenant que tu comprends la compétence universelle, tu te demandes peut-être : pourquoi ce n'est pas la Cour pénale internationale (CPI) ou la justice congolaise qui a jugé Lumbala ?


La CPI et l'Ituri : une histoire déjà écrite

La CPI s'est effectivement intéressée aux crimes commis dans l'Ituri pendant la Deuxième Guerre du Congo. Elle a même déjà jugé plusieurs chefs de guerre de cette région :

  • Thomas Lubanga (UPC) : Condamné en 2012 à 14 ans pour enrôlement d'enfants soldats
  • Germain Katanga (FRPI) : Condamné en 2014 à 12 ans pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité
  • Bosco Ntaganda (UPC, puis CNDP) : Condamné en 2019 à 30 ans pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité

Mais la CPI n'a jamais poursuivi Roger Lumbala. Pourquoi ? Plusieurs raisons possibles :

  • Priorités d'enquête (ressources limitées)
  • Lubanga et les autres étaient plus "visibles" médiatiquement
  • Lumbala était déjà en France, hors de portée directe


La différence entre CPI et compétence universelle

Beaucoup de Congolais confondent les deux. Voici la différence :

Cour Pénale InternationaleCompétence Universelle (France)
Tribunal international permanentTribunal national français
Basée à La Haye (Pays-Bas)Cour d'Assises de Paris
Juge les individus sur renvoi des États ou du Conseil de Sécurité ONUJuge les individus résidant en France
123 États parties (dont la RDC)Principe applicable dans plusieurs pays
Complémentaire : n'intervient QUE si États défaillantsAlternative : intervient SI États ET CPI défaillants

EN CLAIR : La CPI est comme un tribunal de dernière instance pour toute l'Afrique. La compétence universelle, c'est comme si chaque pays membre avait sa propre "mini-CPI nationale" qui peut juger si la grande CPI ne le fait pas.


Et la justice congolaise dans tout ça ?

C'est le point le plus important : la RDC n'a JAMAIS poursuivi Roger Lumbala pour les crimes de l'opération "Effacer le tableau".

23 ans d'impunité totale :

  • Aucune enquête ouverte en RDC
  • Aucune arrestation
  • Aucun procès
  • Lumbala est même devenu ministre (2003-2005) puis sénateur (jusqu'en 2013)

C'est précisément parce que la justice congolaise n'a rien fait pendant plus de deux décennies que la France a pu exercer sa compétence universelle.


IMPORTANT : La RDC a bien essayé de demander l'extradition de Lumbala en 2013, puis à nouveau en 2024 et plusieurs fois en 2025. Mais ces demandes sont arrivées après que la France ait déjà ouvert son enquête. Selon le droit international, la France n'était plus obligée d'extrader : elle pouvait continuer son propre procès.


Les autres responsables protégés

Le procès a révélé un fait troublant : Jean-Pierre Bemba (actuel vice-Premier ministre des Transports) et le général Constant Ndima ont été cités à de nombreuses reprises par les témoins comme co-responsables de l'opération "Effacer le tableau".

Mais ils n'ont pas témoigné. Pourquoi ? Le gouvernement congolais a refusé de coopérer avec la justice française pour faciliter leur témoignage, invoquant leur statut de hauts responsables de l'État.


PRENNS CE CAS : BEMBA ET NDIMA

Jean-Pierre Bemba : Chef du MLC dont les troupes ont participé massivement à l'opération. Déjà jugé et acquitté par la CPI en 2018 pour des crimes similaires commis en Centrafrique (2002-2003). Aujourd'hui vice-Premier ministre.
Constant Ndima : Général qui commandait l'unité "Effaceurs". Gouverneur militaire du Nord-Kivu (2021-2023). Impliqué dans la répression meurtrière d'une manifestation à Goma en août 2023 (56 morts). Toujours en poste dans l'armée congolaise


Le procès : témoignages, absents et verdict

Un procès marathon de 6 semaines

Du 12 novembre au 19 décembre 2025, la Cour d'Assises de Paris a siégé pour juger Roger Lumbala. Un procès exceptionnel par sa durée et son ampleur.

Les chiffres :

  • 60+ témoins entendus sur 80 cités
  • 35 victimes constituées parties civiles
  • 4 ONG internationales parties civiles (TRIAL International, Minority Rights Group, Clooney Foundation for Justice, Justice Plus)
  • 30 victimes ont témoigné en personne à Paris ou par visioconférence depuis Bunia (avec l'aide de la MONUSCO)


Les témoignages bouleversants

Les survivants ont raconté l'horreur vécue. Des villages attaqués à l'aube, des familles séparées, des femmes violées devant leurs enfants, des hommes torturés à mort, des communautés entières chassées de leurs terres.

Beaucoup ont nommé les responsables : Roger Lumbala qui donnait les ordres depuis Isiro, le général Constant Ndima qui commandait les "Effaceurs", Jean-Pierre Bemba qui a envoyé des renforts du MLC.


L'absent : Lumbala refuse de comparaître

Roger Lumbala n'est jamais venu au procès. Tout au long des 6 semaines, il est resté dans sa cellule, refusant de se présenter devant la cour.

C'est son droit. En France, un accusé ne peut pas être forcé de comparaître. Mais cela signifie qu'il n'a jamais pu se défendre directement, jamais pu contester les témoignages, jamais pu donner sa version des faits.

Les juges ont dû statuer uniquement sur base des témoignages, des rapports de l'ONU, des documents d'époque et des éléments d'enquête.


Le verdict : 30 ans de prison

Le 15 décembre 2025, après délibération, la Cour d'Assises de Paris a rendu son verdict :

Roger Lumbala : Condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l'humanité.

Le parquet avait demandé la réclusion criminelle à perpétuité. La cour a donc prononcé une peine inférieure à la demande.

En plus de la prison :

  • Interdiction définitive du territoire français
  • Confiscation de ses biens (détails à déterminer)


Les réactions

Du côté des victimes : Un soulagement mêlé d'amertume.

"Nous avons attendu 23 ans. C'est un début, mais 30 ans, c'est insuffisant au regard de l'ampleur des crimes", déclare un représentant de la société civile de Mambasa.

"Nous espérons maintenant être indemnisés rapidement. Beaucoup de victimes sont décédées sans avoir vu justice rendue", ajoute un survivant.

Du côté des ONG :

TRIAL International salue "une étape historique contre l'impunité". Amnesty International rappelle que "ce procès doit inspirer d'autres poursuites contre les criminels qui ont échappé à la justice en RDC".


Que se passe-t-il maintenant ? Appel et indemnisation

Le verdict du 15 décembre 2025 n'est pas forcément le dernier mot de cette affaire. Voici ce qui va suivre.


1. Lumbala peut-il faire appel ?

Oui, absolument. Roger Lumbala dispose de 10 jours à partir du 15 décembre (soit jusqu'au 25 décembre 2025) pour décider de faire appel.

S'il fait appel, que se passe-t-il ?

Le dossier sera examiné par une autre Cour d'Assises de Paris, autrement composée (nouveaux juges, nouveaux jurés). Le procès recommencera entièrement : nouveaux témoignages, nouvelles plaidoiries, nouveau verdict.

Cela peut prendre encore 1 à 2 ans.

S'il ne fait pas appel ou si la cour d'appel confirme, le jugement devient définitif. Lumbala purgera alors ses 30 ans de prison en France.


BON À SAVOIR : Les crimes contre l'humanité sont imprescriptibles. Cela signifie qu'ils peuvent être jugés à tout moment, même 50 ans après les faits. C'est le seul crime imprescriptible du droit français.


2. Les victimes seront-elles indemnisées ?

C'est la grande question pour les milliers de survivants de l'opération "Effacer le tableau".

Oui, une audience civile est prévue en juin 2026 pour déterminer les montants des indemnisations.

Comment ça va marcher ?

  1. Audience civile (juin 2026) : Un juge civil examinera les préjudices subis par chaque victime :

    • Préjudice physique (blessures, séquelles)
    • Préjudice psychologique (traumatismes)
    • Préjudice économique (perte de biens, impossibilité de travailler)
    • Préjudice moral (perte d'êtres chers)
  2. Fixation des montants : Le juge déterminera combien Roger Lumbala doit verser à chaque victime. Cela peut aller de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers d'euros selon les cas.
  3. Paiement : Deux scénarios :

    • Si Lumbala a de l'argent : Il paye directement aux victimes
    • Si Lumbala est insolvable : Le Fonds de Garantie des Victimes d'Infractions (FGTI) paye à la place, au nom de la solidarité nationale française. Le FGTI se retournera ensuite contre Lumbala pour récupérer les sommes.

ATTENTION : Le processus d'indemnisation peut être long. Même après le jugement civil de juin 2026, les victimes devront souvent attendre plusieurs mois, voire années, avant de recevoir effectivement l'argent. C'est frustrant, mais c'est la réalité du système judiciaire.


3. Bemba et Ndima seront-ils jugés ?

C'est la question à un million de dollars.

Situation de Jean-Pierre Bemba :

  • Déjà jugé par la CPI pour des crimes en Centrafrique (acquitté en appel en 2018)
  • Condamné par la CPI pour subornation de témoins (empêché de se présenter aux élections 2018)
  • Actuellement vice-Premier ministre des Transports en RDC
  • Protégé par son statut : Le gouvernement congolais refuse qu'il témoigne en France
  • Risque juridique faible à court terme : Immunité tant qu'il est au gouvernement

Situation du général Constant Ndima :

  • Impliqué selon témoignages dans l'opération "Effacer le tableau"
  • Actuellement toujours dans l'armée congolaise (retrait temporaire après tuerie Goma 2023)
  • Protégé par le gouvernement : Refus de coopérer avec justice française
  • Amnesty International et d'autres ONG demandent son jugement (aussi pour la tuerie de Goma où 56 personnes ont été tuées)

Peuvent-ils être jugés en France ?

Théoriquement oui, si :

  1. Ils mettent les pieds en France ou dans un pays qui accepte de les extrader
  2. La justice française ouvre une enquête indépendante contre eux
  3. Ils perdent leurs protections (démission, révocation, fin de mandat)

Mais concrètement :

  • Bemba ne viendra jamais en France de son plein gré
  • Le gouvernement congolais les protège activement
  • Leurs positions de pouvoir les rendent intouchables à court terme

À RETENIR : Roger Lumbala a été jugé parce qu'il vivait en France. Bemba et Ndima, eux, sont protégés en RDC par leur statut et par le gouvernement. L'impunité continue pour eux... pour l'instant.


4. D'autres chefs de guerre peuvent-ils être poursuivis ?

Absolument. Le principe de compétence universelle s'applique à tous les crimes contre l'humanité.

Cela signifie que :

  • Tout ancien chef de guerre congolais résidant en France (ou en Europe) peut être poursuivi
  • Même 30 ou 40 ans après les faits (imprescriptibilité)
  • À condition qu'il ne soit pas déjà poursuivi par la CPI ou la justice congolaise

Autres pays qui appliquent la compétence universelle :

  • Belgique (très active sur les crimes rwandais)
  • Allemagne
  • Suisse
  • Pays-Bas
  • Espagne
  • Plusieurs pays nordiques

POUR INFO : En 2024, la France a condamné trois généraux syriens par défaut pour crimes contre l'humanité commis en Syrie. Le procès Lumbala n'est donc pas un cas isolé, c'est une tendance croissante.


Ce Qu'il Faut Retenir

Après 23 ans d'attente, la justice a finalement rattrapé Roger Lumbala. Ce verdict historique prouve que l'impunité n'est pas une fatalité, même pour des crimes commis il y a plus de 20 ans.

Les points essentiels :

  1. Roger Lumbala a été condamné à 30 ans pour complicité de crimes contre l'humanité
  2. La compétence universelle permet à la France de juger des crimes congolais quand la RDC ne le fait pas
  3. L'opération "Effacer le tableau" a fait entre 60 000 et 70 000 morts dans l'Ituri
  4. Les victimes seront indemnisées après l'audience civile de juin 2026
  5. Jean-Pierre Bemba et Constant Ndima restent protégés par le gouvernement congolais

Ce jugement envoie un message clair : les criminels de guerre congolais ne peuvent plus se cacher en Europe en espérant échapper à la justice. Tôt ou tard, les victimes obtiennent justice.

Pour les milliers de survivants de Mambasa, Bafwasende, Epulu et Mandima qui ont attendu 23 ans, ce verdict est une première victoire. Mais le combat continue : pour les indemnisations, pour que Bemba et Ndima répondent aussi de leurs actes, et surtout pour que l'impunité cesse définitivement en RDC.



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