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Réforme de la fonction publique en RDC : Le guide complet pour comprendre ce qui change pour vous

19 décembre 2025 par
Réforme de la fonction publique en RDC : Le guide complet pour comprendre ce qui change pour vous
Vulgarisation RDC

Pourquoi l'administration publique congolaise se transforme en profondeur, et ce que cela va changer concrètement dans ta vie


Le 16 décembre 2025, le Président Félix Tshisekedi a lancé la première Conférence annuelle du service public à Kinshasa. Derrière cet événement se cache la plus grande réforme administrative que la RDC ait connue depuis son indépendance.

Pendant que tu patientais des heures dans une file d'attente administrative, pendant que ton cousin fonctionnaire se plaignait de n'avoir pas été payé depuis trois mois, pendant que les services publics dysfonctionnaient sous tes yeux, quelque chose se préparait en silence : une transformation radicale de notre administration.

Depuis 2024, sous la direction du Vice-Premier Ministre Jean-Pierre Lihau, le gouvernement mène une révolution tranquille. Plus de 118 000 fonctionnaires ont déjà été identifiés biométriquement. Deux lois ont été promulguées en juillet 2025. Une nouvelle politique salariale est en cours d'élaboration. Les "nouvelles unités" qui attendaient leur salaire depuis 10 ou 20 ans vont enfin être régularisées. Et d'ici janvier 2027, une grille salariale unique remplacera les inégalités criantes qui minent l'administration.

Tu te demandes peut-être : "Est-ce que c'est encore une de ces promesses qui ne se concrétisent jamais ?" C'est une question légitime. Mais cette fois, les résultats sont déjà mesurables et les changements sont en marche. Dans ce guide complet, tu vas comprendre exactement ce qui se passe, pourquoi c'est important pour toi même si tu n'es pas fonctionnaire, et ce que tu peux attendre concrètement dans les mois et années à venir. Parce que quand l'administration fonctionne mieux, c'est toute la vie des Congolais qui s'améliore : les hôpitaux, les écoles, les tribunaux, les services d'état civil, tout.


Avant de commencer : Pourquoi c'est important pour toi ?

Peut-être que tu n'es pas fonctionnaire. Peut-être que tu ne connais personne qui travaille pour l'État. Mais crois-moi, cette réforme va impacter ta vie quotidienne de manière très concrète.

Chaque fois que tu vas chercher un acte de naissance à la commune, chaque fois que ton enfant va à l'école publique, chaque fois que tu te rends à l'hôpital général de référence, chaque fois que tu passes devant un tribunal, chaque fois que tu vois un policier dans la rue, tu interagis avec le service public. Et la qualité de ces services dépend directement de la motivation, de la compétence et des moyens des fonctionnaires qui les font tourner.

Aujourd'hui, 40% du budget de l'État part dans les salaires des fonctionnaires. C'est presque la moitié de tout l'argent que nous avons. Mais cet argent est-il bien utilisé ? Pendant des décennies, la réponse a été non. Des "agents fantômes" touchaient des salaires sans jamais travailler. Certains fonctionnaires cumulaient trois ou quatre postes. D'autres travaillaient depuis 10 ans sans jamais recevoir un franc. Les inégalités étaient folles : un député gagnait 18 fois plus qu'un magistrat, alors que les deux servent l'État.



L'enjeu des 40% : Sur 100 dollars que l'État congolais dépense, 40 dollars vont aux salaires des fonctionnaires. C'est plus que l'éducation, la santé et les infrastructures réunies. Si cet argent est mal géré (agents fantômes, corruption, inégalités), c'est toute la nation qui en souffre. Si cet argent est bien géré, c'est un investissement dans des services publics qui marchent.

Le changement que cette réforme promet, c'est simple : des fonctionnaires mieux payés, mieux formés, qui travaillent réellement, dans un système équitable et transparent. Et ça, ça veut dire des services publics qui fonctionnent pour toi, pour ta famille, pour ton quartier.


D'où vient cette réforme ? Un peu d'histoire

Pour comprendre où nous allons, il faut savoir d'où nous venons. L'administration publique congolaise souffre de maux profonds qui se sont accumulés pendant des décennies.


L'état catastrophique hérité

Imagine un système où personne ne sait combien de fonctionnaires travaillent réellement pour l'État. Où des gens touchent un salaire sans jamais mettre les pieds dans un bureau. Où d'autres travaillent depuis 15 ans sans recevoir un seul franc. Où un ministre gagne en un mois ce qu'un enseignant gagne en un an et demi. C'était la réalité de l'administration congolaise jusqu'en 2024.

Les chiffres donnent le vertige. Le gouvernement payait des centaines de milliers de fonctionnaires, mais personne ne savait exactement combien. Il n'existait pas de fichier unique et fiable. Chaque ministère avait ses propres listes, souvent gonflées, parfois falsifiées. Certains agents étaient payés deux fois sur des listes différentes. D'autres, décédés depuis des années, continuaient à "travailler" sur le papier, leurs salaires empochés par des proches ou des complices.


L'histoire de Maman Chantal : Le calvaire des blocages

Maman Chantal travaille pour l'État depuis plusieurs années. En avril 2024, sans raison, son nom disparaît du listing de paie. Du jour au lendemain, plus de salaire. Elle a beau se déplacer, écrire des lettres, frapper à toutes les portes : rien. Sept mois plus tard, elle écrit sur le portail de la Fonction Publique : "Votre solution sera géniale pour moi. Merci d'avance."

Maman Chantal n'est pas seule. Des milliers d'agents publics, surtout en provinces, vivent ce cauchemar : des blocages de salaires sans justification, parfois pendant des mois, parfois pendant des années. C'est contre cette injustice que la réforme se bat.


Les tentatives précédentes qui ont échoué

Ce n'est pas la première fois qu'on parle de réformer l'administration. Sous plusieurs gouvernements, des promesses ont été faites. Des commissions ont été créées. Des discours ont été prononcés. Mais rien n'a vraiment changé. Pourquoi ?

Parce que les réformes précédentes s'attaquaient aux symptômes, pas aux causes. On parlait d'augmenter les salaires, mais sans nettoyer d'abord le fichier des agents. On parlait de former les fonctionnaires, mais sans s'assurer qu'ils existent vraiment. On parlait de transparence, mais sans outils concrets pour la garantir.


Ce qui a changé depuis 2024

En 2024, quelque chose de différent a commencé. Le Vice-Premier Ministre Jean-Pierre Lihau, nommé à la tête de la Fonction Publique, a lancé une approche méthodique et technique. Pas de grandes annonces spectaculaires au début. Juste un travail de fourmi : recenser, identifier, vérifier, nettoyer, informatiser.

Le tournant, c'est la création du FRAP : le Fichier de Référence de l'Administration Publique. Pour la première fois dans l'histoire du Congo indépendant, l'État allait savoir exactement qui travaille pour lui, où, et dans quelles conditions. C'est ce fichier qui permet aujourd'hui de dire avec certitude que 118 000 agents ont été identifiés dans 26 provinces. C'est ce fichier qui a permis de découvrir les agents fantômes, les doublons, les irrégularités.

Et contrairement aux tentatives précédentes, cette réforme a le soutien de partenaires internationaux crédibles. La Banque Mondiale finance le projet ENCORE et conditionne ses décaissements aux résultats concrets. Ce n'est plus du discours : ce sont des objectifs mesurables, des audits indépendants, des rapports publics.


La réforme expliquée en 5 piliers

La transformation de l'administration publique congolaise repose sur cinq piliers fondamentaux. Chacun répond à un problème précis, et ensemble, ils forment un système cohérent.


Pilier 1 : Maîtriser les effectifs avec le FRAP

Le problème : Pendant des années, personne ne savait combien de fonctionnaires travaillaient réellement pour l'État. Les estimations variaient entre 300 000 et 600 000. Comment gérer ce qu'on ne peut pas mesurer ?

La solution : Le FRAP, c'est le "Fichier de Référence de l'Administration Publique". Imagine une grande base de données informatique où chaque fonctionnaire est enregistré avec ses informations exactes : nom complet, numéro matricule unique, photo biométrique, empreintes digitales, grade, poste, lieu d'affectation, historique de carrière.


C'est quoi le FRAP ? : Le FRAP (Fichier de Référence de l'Administration Publique), c'est comme le recensement électoral, mais pour les fonctionnaires. Au lieu de voter, chaque agent est identifié biométriquement (photo + empreintes) et reçoit un numéro unique. Toutes ses informations professionnelles sont stockées dans un système informatique sécurisé. Résultat : on sait exactement qui est qui, qui travaille où, et qui doit être payé.


Comment ça marche ?

Le processus a commencé en 2022. Des équipes du ministère de la Fonction Publique se sont déplacées dans toutes les administrations, province par province, bureau par bureau. Chaque agent devait se présenter physiquement avec ses documents : carte d'identité, arrêté de nomination, preuve d'affectation. On prenait sa photo, ses empreintes, on vérifiait son matricule, on croisait les informations.

Certains agents qui pensaient être "dans le système" ont découvert qu'ils n'y étaient pas. D'autres ont découvert que quelqu'un d'autre utilisait leur matricule. D'autres encore, déclarés "décédés" ou "démissionnaires" par erreur, ont dû prouver qu'ils étaient bel et bien vivants et en activité.


Les résultats concrets

Aujourd'hui, plus de 118 000 agents publics sont certifiés dans le FRAP à travers 26 provinces. Un annuaire alphabétique et numérique a été publié en septembre 2024. C'est la première fois dans l'histoire du Congo indépendant qu'un tel document existe. N'importe quel citoyen peut désormais vérifier si un agent public est vraiment enregistré.

Le principe est simple : "Un poste, un agent, un salaire". Si tu n'es pas dans le FRAP, tu ne peux pas être payé par l'État. Si tu es dans le FRAP, ton dossier est complet, vérifié, et ton salaire est sécurisé.


Le FRAP élimine les agents fantômes : Des milliers d'"agents fantômes" ont été découverts et éliminés du fichier de paie. Ces personnes touchaient un salaire sans jamais travailler. Certaines n'existaient même pas (noms inventés). D'autres étaient mortes depuis des années mais continuaient à "percevoir" un salaire détourné. En nettoyant le fichier, l'État économise des milliards de francs congolais qui peuvent être redistribués aux vrais fonctionnaires.

 

Pilier 2 : Rendre les salaires équitables

Le problème : Les inégalités salariales dans l'administration congolaise sont parmi les plus criantes du continent. Un député national gagne 9 361 dollars par mois (environ 23 millions FC). Un magistrat gagne 2 millions FC par mois (environ 800 dollars). Certains ministères "riches" (Finances, Budget) ont des primes généreuses. D'autres, tout aussi essentiels (Éducation, Santé), ont des "salaires pénibles".

Le Président Tshisekedi lui-même l'a reconnu le 24 avril 2025 : "Certains ministères ou services, notamment à caractères économique et financier, disposent des ressources importantes et avantages généreux, tandis que d'autres, également essentiels au développement national, demeurent relégués au second plan. Ce déséquilibre alimente un sentiment d'injustice, démotive les agents, et diminue la qualité du rendement du service public."

La solution : Une nouvelle politique salariale basée sur une grille barémique unique, visible et accessible à tous. Plus question de privilèges arbitraires. Désormais, le salaire sera déterminé par des critères objectifs : le grade, l'ancienneté, les qualifications et les responsabilités.

Imagine une échelle claire où chaque échelon correspond à un salaire précis. Un attaché d'administration de 1ère classe avec 10 ans d'expérience gagnera le même salaire, qu'il travaille au ministère des Finances ou au ministère de l'Agriculture. Un conseiller principal touchera partout le même traitement de base pour le même niveau de responsabilité.


TABLEAU COMPARATIF - Disparités Actuelles

FonctionSalaire mensuel actuelÉcart
Premier Ministre37 millions FC (~14 800 USD)Référence
Président de la République27 millions FC (~10 800 USD)0,7x
Député national~23 millions FC (~9 361 USD)0,6x
Magistrat2 millions FC (~800 USD)0,05x (18 fois moins !)
Enseignant (moyenne)230 000 FC (~92 USD)0,006x (160 fois moins !)

Source : Rapport UNIS 2025, témoignages fonctionnaires


Le calendrier

Les travaux d'élaboration de cette politique salariale ont été lancés officiellement le 24 avril 2025 par le Président lors du Conseil National du Travail. Un avant-projet a été examiné le 7 juillet 2025 par la tripartite gouvernementale (Fonction Publique, Budget, Finances) avec les syndicats. L'application est prévue pour janvier 2027.

D'ici là, des augmentations progressives sont annoncées. Une hausse de 30% au deuxième trimestre et de 45% au troisième trimestre avait été promise, mais les fonctionnaires témoignent que l'application reste partielle. La véritable transformation attendra 2027.


Janvier 2027,  La date clé : Retiens cette date. C'est à ce moment-là que la nouvelle politique salariale entrera en vigueur avec sa grille unique. Les écarts injustes seront progressivement corrigés. Les fonctionnaires sauront exactement ce qu'ils gagnent et pourquoi. Et l'État pourra enfin dire qu'il paie ses agents de manière juste et transparente.


Pilier 3 : Rajeunir l'administration

Le problème : L'administration congolaise vieillit. Des centaines de milliers de fonctionnaires ont largement dépassé l'âge de la retraite mais continuent à travailler, souvent parce qu'ils n'ont aucune garantie sur leur pension. Résultat : les postes ne se libèrent pas, les jeunes diplômés ne trouvent pas d'emploi dans la fonction publique, et l'administration manque de dynamisme et d'innovation.

Les chiffres : 314 000 fonctionnaires sont éligibles à la retraite (tous régimes confondus). C'est presque autant que tout l'effectif identifié dans le FRAP ! En 2022, une première vague de 11 000 départs a été organisée. Puis le processus s'est bloqué en 2023-2024 par manque de financement.

La solution : Un plan décennal de mise à la retraite progressive, avec des garanties financières. À partir de 2025, le gouvernement a alloué 20 milliards FC par mois au budget des retraites. En 2026, un mécanisme innovant sera mis en place : les banques payeuses avanceront les indemnités aux retraités, puis seront remboursées par l'État. Ça évite d'attendre que l'argent soit disponible dans les caisses.

Et ce n'est pas tout. La nouvelle loi de juillet 2025 introduit la "retraite posthume" : si un agent meurt en activité alors qu'il avait rempli toutes les conditions pour partir à la retraite, sa famille recevra quand même la reconnaissance et les avantages liés. C'est un geste de dignité pour ceux qui ont servi l'État toute leur vie.

L'École Nationale d'Administration (ENA) : le vivier des nouveaux talents

Rajeunir, ce n'est pas seulement faire partir les anciens. C'est aussi former les nouveaux. C'est là qu'intervient l'ENA, l'École Nationale d'Administration. Créée en 1960 mais véritablement relancée depuis 2024, l'ENA forme chaque année 100 futurs hauts fonctionnaires. Des jeunes brillants, sélectionnés au mérite par concours national, qui suivent une formation d'excellence de 12 mois incluant un stage professionnel.

Le recrutement de la 10e promotion est en cours en ce moment même (clôture des candidatures le 9 août 2025). Les inscriptions se font en ligne via l'application MyENA sur le site www.ena.cd. Si tu es jeune, diplômé, et que tu veux servir ton pays dans la haute fonction publique, c'est maintenant qu'il faut postuler.

L'ENA n'est pas une simple école. C'est un laboratoire d'excellence où se forgent les nouvelles pratiques administratives, où l'on apprend l'éthique du service public, où l'on comprend que servir l'État c'est d'abord servir l'intérêt général. Son directeur général, Tombola Moke, a même lancé en août 2025 la première revue scientifique de l'institution, "Inflexion", pour nourrir la réflexion sur les politiques publiques.


Pilier 4 : Protéger les agents avec la sécurité sociale

Le problème : Pendant des décennies, les agents publics congolais n'avaient aucune protection sociale digne de ce nom. Pas d'assurance maladie. Des retraites misérables ou inexistantes. En cas d'accident de travail, tu étais livré à toi-même. Et si tu mourais en service, ta famille était abandonnée sans ressources.

Ironiquement, même les mandataires politiques (ministres, gouverneurs, députés provinciaux) n'étaient pas couverts. Comme l'a souligné Jean-Pierre Lihau avec une pointe d'ironie : "Comment expliquer que ceux qui gouvernent soient exclus de toute protection sociale ?"

La solution : La deuxième grande loi promulguée en juillet 2025 réforme complètement le régime spécial de sécurité sociale des agents publics. Désormais, tous les fonctionnaires et même les mandataires politiques seront couverts par un système de sécurité sociale moderne et durable.

Ce que ça change concrètement :

  • Couverture maladie : Les agents et leur famille auront accès aux soins médicaux avec une prise en charge partielle ou totale selon les cas.
  • Retraite garantie : Fini les agents qui partent à la retraite et ne touchent jamais leur pension. Le système sera géré par capitalisation (les cotisations sont investies et génèrent des intérêts).
  • Protection des veuves et orphelins : Si un agent meurt, sa famille touchera une pension de survivant. Plus question de voir des veuves et des orphelins de fonctionnaires dans la misère.
  • Épargne retraite-logement : Un régime obligatoire permettra aux agents de constituer un capital pour financer leur logement ou le toucher à la retraite avec les intérêts.

Le système sera géré par la CNSSAP (Caisse Nationale de Sécurité Sociale des Agents Publics), qui a déjà commencé à sensibiliser les militaires et policiers à ces nouveaux droits.


Pilier 5 : Améliorer la performance avec l'évaluation

Le problème : Dans l'ancienne administration, il n'y avait aucune culture de la performance. Que tu travailles bien ou mal, que ton service soit efficace ou catastrophique, ça ne changeait rien. Aucune récompense pour l'excellence, aucune sanction pour l'incompétence. Résultat : la médiocrité s'installait.

La solution : À partir de 2026, l'État va créer les Prix du service public. Chaque année, les administrations et les services publics seront évalués sur des critères objectifs : proximité avec les citoyens, accessibilité, rapidité de traitement, qualité du service, innovation. Les meilleurs seront récompensés publiquement lors de la Conférence annuelle du service public.

Imagine : le centre d'état civil de la commune de Lemba qui traite les dossiers en 48h au lieu de deux semaines pourrait gagner un prix. L'hôpital général de référence de Lubumbashi qui a réduit les temps d'attente de 50% pourrait être distingué. Le bureau des impôts de Matadi qui a digitalisé ses procédures pourrait être mis en lumière.

Ces prix ne sont pas symboliques. Ils s'accompagneront de primes pour le personnel, de budgets supplémentaires pour l'amélioration des infrastructures, et surtout, de reconnaissance publique. Parce que les fonctionnaires qui travaillent bien méritent d'être célébrés, pas seulement critiqués.

L'évaluation portera aussi sur l'accessibilité des services publics. Est-ce que les administrations sont ouvertes aux heures annoncées ? Est-ce que les agents reçoivent bien les citoyens ? Est-ce que les procédures sont claires et affichées ? Est-ce qu'il y a des abus ou de la corruption ?

Cette culture de la performance, c'est le Vice-Premier Ministre Lihau qui l'a résumée lors de la Conférence du 16 décembre 2025 : "L'ENA n'est pas une simple institution de formation, elle doit être un laboratoire de l'excellence où se conçoivent et s'expérimentent les nouvelles pratiques administratives, un creuset d'éthique où l'on apprend que servir l'État c'est d'abord servir l'intérêt général."


Les conférences annuelles : Le nouveau rendez-vous

Le 16 décembre 2025 marque un tournant symbolique : c'est la première Conférence annuelle du service public. Mais qu'est-ce que c'est exactement, et pourquoi c'est important ?


Qu'est-ce que c'est ?

Les Conférences annuelles du service public, c'est comme un grand bilan annuel de l'administration. Une fois par an, le gouvernement, les responsables administratifs, les syndicats, et parfois des citoyens se réunissent pour faire le point : qu'est-ce qui a marché ? Qu'est-ce qui n'a pas marché ? Quels sont les progrès mesurables ? Quelles sont les priorités pour l'année qui vient ?

C'est aussi l'occasion de rendre des comptes. Les ministères et les services publics doivent présenter leurs résultats. Les citoyens peuvent voir concrètement où vont leurs impôts et ce qui est fait avec. La transparence devient la règle, plus l'exception.


Édition 2025 : Les annonces phares

Lors de cette première édition, plusieurs annonces importantes ont été faites :

1. La promesse de janvier 2027 : Jean-Pierre Lihau a confirmé que la nouvelle politique salariale avec grille barémique unique entrera en vigueur en janvier 2027. "À partir de janvier 2027, grâce à la nouvelle politique salariale qui sera accompagnée notamment d'un règlement portant équivalence des grades, le processus de changement des femmes et des hommes en uniformes va connaître une amélioration comme jamais vu dans l'histoire de ce pays", a-t-il déclaré.

2. Les Prix du service public dès 2026 : Les administrations les plus performantes seront récompensées publiquement à partir de l'année prochaine. Ça va créer une émulation positive entre les services.

3. Le rôle renforcé de l'ENA : L'École sera au cœur de la formation continue des cadres et de l'innovation dans les pratiques administratives.

4. L'engagement contre la "clochardisation" : Le Vice-Premier Ministre a utilisé ce terme fort pour dénoncer les conditions indignes dans lesquelles vivent certains fonctionnaires et retraités. "Ne plus jamais permettre que les agents publics en général soient clochardisés et délaissés pour compte, lorsqu'ils sont blessés ou mis à la retraite", a-t-il martelé.


Ce qui sera évalué chaque année

À partir de maintenant, les Conférences annuelles vont suivre des indicateurs précis :

  • Nombre d'agents identifiés dans le FRAP (objectif : 100% d'ici 2027)
  • Nombre de mises à la retraite effectives
  • Taux de couverture par la sécurité sociale
  • Temps moyen de traitement des dossiers administratifs
  • Satisfaction des citoyens (enquêtes)
  • Nombre de cas de corruption signalés et traités
  • Budget effectivement alloué et dépensé pour la réforme

Ces chiffres seront publics. Tu pourras les consulter. Tu pourras comparer d'une année sur l'autre. C'est ça, la transparence.


Ce que tu peux faire en tant que citoyen

Tu n'es peut-être pas fonctionnaire, mais ça ne veut pas dire que tu es spectateur passif de cette réforme. Au contraire, le succès de cette transformation dépend aussi de l'engagement des citoyens. Voici comment tu peux contribuer :


1. Exiger un meilleur service

La prochaine fois que tu te rends dans une administration publique, observe. Est-ce que les agents sont à leurs postes aux heures d'ouverture ? Est-ce qu'ils te reçoivent avec respect ? Est-ce que les procédures sont claires et affichées ? Est-ce qu'on te demande un "petit quelque chose" pour accélérer ton dossier ?

Si le service est bon, félicite l'agent. Oui, tu as bien lu. Les fonctionnaires qui font bien leur travail méritent d'être encouragés. Si le service est mauvais ou si tu constates des abus, signale-le. Le portail de la Fonction Publique (fonctionpublique.gouv.cd) a une section "Écrire au VPM" où tu peux témoigner.


2. Suivre les indicateurs de performance

Quand les rapports annuels seront publiés, prends le temps de les consulter. Compare les chiffres. Pose des questions. Partage l'information autour de toi. Une administration transparente, c'est une administration que les citoyens surveillent.


3. Soutenir les bonnes pratiques

Si tu entends parler d'une administration qui innove, qui digitalise ses services, qui réduit les temps d'attente, amplifie cette bonne nouvelle. Parles-en sur les réseaux sociaux. Encourage d'autres services à faire pareil. Le changement se propage par l'exemple.


4. Refuser la corruption

C'est peut-être le geste le plus difficile, mais c'est le plus important. La prochaine fois qu'un agent te suggère de "faciliter" ton dossier moyennant un "petit geste", refuse poliment mais fermement. Tu as le droit de dire : "Je préfère attendre le délai normal, merci." Plus nous serons nombreux à refuser, plus les pratiques changeront.


5. Informer les jeunes

Si tu connais des jeunes diplômés qui veulent servir leur pays, parle-leur de l'ENA. L'école recrute au mérite, par concours ouvert à tous les Congolais. C'est une opportunité de carrière prestigieuse et un moyen de participer à la transformation du pays.

Que puis-je faire dès aujourd'hui ?

En tant qu'individu :

  • Visiter le portail fonctionpublique.gouv.cd pour comprendre mes droits
  • Témoigner de mon expérience (bonne ou mauvaise) avec les services publics
  • Refuser la corruption et encourager d'autres à faire de même
  • Partager cet article avec des fonctionnaires de mon entourage

En tant que communauté :

  • Organiser une discussion de quartier sur "Comment améliorer nos services publics"
  • Créer un groupe WhatsApp pour partager les bonnes pratiques administratives
  • Solliciter les élus locaux pour suivre l'application de la réforme


Les questions que tout le monde se pose


Est-ce que ça va vraiment marcher cette fois ?

C'est LA question que tout le monde se pose, et c'est normal. On a entendu tellement de promesses qui n'ont jamais été tenues. Alors pourquoi cette réforme serait différente ?

Plusieurs raisons donnent de l'espoir. D'abord, les résultats sont déjà là et mesurables : 118 000 agents identifiés, deux lois promulguées, un annuaire publié, des provinces qui ont reçu leurs listings. Ce ne sont pas des promesses, ce sont des faits.

Ensuite, la méthode est différente. Au lieu de grandes annonces spectaculaires, le gouvernement avance pas à pas, province par province, ministère par ministère. C'est plus lent, mais c'est plus solide.

Enfin, le soutien international conditionne ses financements aux résultats. La Banque Mondiale ne débloque les fonds du projet ENCORE que si les objectifs sont atteints. Ça crée une pression positive pour que les choses se fassent vraiment.

Maintenant, est-ce que tout sera parfait ? Non. Il y aura des retards, des obstacles, des résistances. Mais la direction est la bonne, et le mouvement est lancé.


Combien ça coûte ?

La réforme coûte cher à court terme, mais elle fait économiser beaucoup d'argent à moyen terme. En éliminant les agents fantômes, les doublons et les irrégularités, l'État récupère des milliards de francs congolais gaspillés. Jean-Pierre Lihau lui-même l'a dit : "L'argent pour doubler, tripler les salaires des agents publics de l'État proviendra de cette opération" de nettoyage du fichier.

Le financement des retraites (20 milliards FC par mois) vient du budget de l'État. Le mécanisme avec les banques payeuses en 2026 permettra d'étaler les coûts sans créer de dette.

Pour l'identification biométrique et la digitalisation, la Banque Mondiale apporte un soutien technique et financier significatif. Ce n'est donc pas le Congo seul qui porte tout le poids.


Quand est-ce que je vais voir les changements ?

Ça dépend de quel changement tu parles. Si tu es fonctionnaire en attente de régularisation (NU/NP), le processus est en cours depuis septembre 2025 avec la note de service qui relance les régularisations.

Si tu attends la nouvelle politique salariale avec des augmentations significatives, ce sera janvier 2027.

Si tu veux voir des services publics plus performants, c'est progressif. Certaines administrations sont déjà en train de s'améliorer (digitalisation, réduction des délais). D'autres prendront plus de temps.

L'important, c'est de comprendre que c'est une transformation sur plusieurs années, pas un miracle instantané. Les premiers résultats sont là. Les suivants viendront étape par étape.


Toutes les provinces sont concernées ?

Oui, absolument. Le FRAP couvre déjà 26 provinces. Jean-Pierre Lihau lui-même s'est déplacé dans plusieurs provinces (Kongo Central, Kasaï, Haut-Katanga, Nord-Kivu, Sud-Kivu) pour superviser personnellement l'identification biométrique.

Il a même pris des dispositions spéciales pour que les provinces sous occupation ou avec accès limité (à cause des conflits) ne soient pas exclues du processus. "L'excellence administrative ne doit souffrir d'aucune exclusion géographique", a-t-il insisté.

Maintenant, il faut être honnête : il y a encore des disparités. Les agents de Kinshasa sont souvent mieux traités que ceux des provinces. Un témoignage sur le portail de la Fonction Publique en mai 2025 le disait clairement : "Sur 4002 agents sortis sur les fichiers, 3500 seulement Kinshasa. La province de Lomami rien vraiment comme si nous ne sommes pas les congolais."

C'est un problème reconnu et la réforme veut justement corriger ces inégalités territoriales.


Qu'est-ce qui se passe avec les "Nouvelles Unités" (NU) et les "Non Payés" (NP) ?

C'est un sujet douloureux. Les "Nouvelles Unités" (NU) sont des agents qui travaillent pour l'État mais n'ont jamais été officiellement admis sous statut. Ils attendent un numéro matricule depuis des années, parfois 10 ou 20 ans. Les "Non Payés" (NP) ont un matricule mais n'ont jamais été "mécanisés" sur le listing de paie. Ils travaillent sans salaire.

La nouvelle loi de juillet 2025 met fin à ces statuts précaires. Plus aucun recrutement ne pourra se faire sans poste budgétisé et vacance officielle. Mais pour ceux qui sont déjà dans le système en tant que NU ou NP, il y a une régularisation en cours.

Une note de service a été publiée le 10 septembre 2025 pour régulariser tous les NU et NP qui étaient affectés avant le 31 décembre 2022. C'est une dérogation spéciale accordée par le Président lui-même. Si tu es concerné, rapproche-toi de ton administration de rattachement avec tes documents pour entamer la procédure.


Comment être sûr qu'un agent public est vraiment enregistré ?

Tu peux vérifier sur le portail de la Fonction Publique (fonctionpublique.gouv.cd) dans la section "Situation FRAP". En entrant le numéro matricule d'un agent, tu peux confirmer s'il est bien certifié régulier dans le fichier. C'est une mesure de transparence importante.

L'annuaire alphabétique et numérique publié en septembre 2024 liste aussi tous les agents certifiés avec leur photo de profil, leur grade et leur service d'affectation.


Les fonctionnaires en fin de carrière vont vraiment toucher leur retraite ?

C'est l'engagement du gouvernement. Le plan décennal de mise à la retraite est financé (20 milliards FC/mois) et le mécanisme avec les banques en 2026 garantit que les indemnités seront versées même si les caisses de l'État sont temporairement faibles.

De plus, la nouvelle loi crée la retraite posthume : si un agent meurt alors qu'il était éligible à la retraite mais ne l'avait pas encore obtenue, ses ayants droit toucheront quand même la reconnaissance et les avantages. C'est un geste de justice et de dignité.


Ce qu'il faut retenir

La réforme de la fonction publique en RDC n'est pas un slogan politique. C'est un chantier titanesque, méthodique, qui avance étape par étape. En trois ans, ce qui a été accompli dépasse tout ce qui avait été tenté depuis l'indépendance : 118 000 agents identifiés, deux lois historiques promulguées, un annuaire publié pour la première fois, une nouvelle politique salariale en préparation.

Les cinq piliers de cette réforme — maîtriser les effectifs (FRAP), rendre les salaires équitables, rajeunir l'administration, protéger les agents, améliorer la performance — forment un système cohérent qui s'attaque aux racines du dysfonctionnement administratif.

Les Conférences annuelles du service public, dont la première a eu lieu le 16 décembre 2025, vont devenir le rendez-vous de la transparence et de la redevabilité. Chaque année, les progrès seront mesurés, les meilleurs seront récompensés, les obstacles seront identifiés.

Et toi, citoyen congolais, tu n'es pas spectateur. Tu peux exiger un meilleur service, refuser la corruption, encourager les bonnes pratiques, suivre les indicateurs, et transmettre l'information. Ensemble, nous construisons une administration au service du peuple, pas une administration qui se sert sur le peuple.

Le chemin est long. Les défis sont immenses. Mais pour la première fois, la direction est claire et les résultats sont mesurables. Janvier 2027 marquera une nouvelle étape avec la politique salariale. 2026 verra les premiers Prix du service public. Et d'ici là, chaque jour, province par province, ministère par ministère, agent par agent, la transformation continue.


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